A quoi rêvent les années 90

Nous baignons, paraît-il, en pleine confusion des valeurs, orphelins des grands récits qui hier donnaient du sens. Et si le chaos n'était pas si opaque et si la société démontrait un fil conducteur, notamment à travers sa consommation et sa communication ?

En effet, dans les années 60-70, tout semblait s'affronter, la modernité contre la traduction, la gauche contre la droite, le baba cool contre jeune cadre dynamique, les femmes contre les hommes, les syndicats contre les patrons, dans un imaginaire manichéen d'oppsition. Mais après les déstructurations des années 70-85, les années 85-95 semblent favoriser un imaginaire d'alliance et de négociation : on y a vu la cohabitation, on parle de dialogue et de communication; les jeunes cherchent à s'intégrer à la société; on réconcilie cerveau gauche et cerveau droit, lettres et sciences, les entreprises ne jurent plus que par le partenariat, les syndicats sont sollicités par un management participatif  et l'écologie s'allie à l'économie. Quant à la consommation, y règnent les produits diététiques et gourmands, naturels et technologiques, de qualité mais peu onéreux, pratiques et beaux.

Cette valorisation de l'alliance, parfois paradoxale, n'a rien à voir avec le consensus mou. Elle est la réponse à une société complexe qui trouve sa valeur ajoutée dans les synergies et les régulations. Elle est le signe d'une société qui passe d'un modèle de "consommation" débridée à un modèle de "régulation" contrôlée.